17.10.2006

Préface de Kofi Yamgnane

Lorsque Ronan LE FLÉCHER et Didier LE GORREC m’ont demandé d’écrire la préface de leur ouvrage « La Bretagne, tout le monde en parle », en réalité, j’ai longtemps hésité à l’accepter car, bien qu’implanté et impliqué en Bretagne depuis 1964, il ne m’est jamais venu à l’idée d’être devenu un spécialiste de la Bretagne. Je ne veux pas apparaître comme ces « savants » (sociologues et journalistes) qui, pour avoir vécu quelques semaines ou même quelques mois dans une petite région d’Afrique, se targuent, à leur retour en Occident, d’être devenus des spécialistes de l’Afrique tout entière, un continent grand trois fois comme l’Europe, peuplé quatre fois comme les Etats-Unis !

Je ne suis qu’un modeste observateur de cette région, habitée par une population courageuse, travailleuse, rebelle quand il le faut, profondément enracinée dans sa terre de légendes. J'ai aussi accepté, à la demande de quelques Bretons de Saint-Coulitz, d'en devenir un acteur plutôt « social » que véritablement politique.

Je peux donc témoigner avoir connu cette Bretagne des années 1960, enclavée, sous-développée, sous-instruite et mal considérée. Je peux témoigner qu’en 30 ans, grâce à l’imagination, au courage et à l’opiniâtreté de quelques-uns de ses fils et de ses filles, la Bretagne est devenue aujourd’hui une des régions les plus développées du monde, comparables à la Bavière, à la Catalogne ou même à la Floride : des gens sérieux, très sérieux, mais qui ne se prennent pas au sérieux, ont décidé de faire de la Bretagne ce qu'elle est aujourd'hui ! Je pense que c’est le socle de toutes les qualités de ce peuple, celui qui le rend capable d’ouverture sur le monde, de tolérance vis-à-vis des autres peuples, des autres cultures, des autres civilisations.

Volontiers grand voyageur, le Breton sait aussi accueillir. D’instinct, il sait que l’échange, le dialogue, le contact, sont les meilleurs ingrédients de son intégration à l’étranger. C’est sans doute ce qui le rend curieux du nouveau qui arrive sur la terre bretonne et qu’il accueille en en acceptant les différences. Jadis maître des océans par ses navigateurs, le Breton est aussi aujourd’hui implanté sur tous les continents et partout, il célèbre sa crêpe et son cidre, ses musiques et ses danses. Le dialogue des cultures ne passe-t-il pas par là ? Ni plus têtu que le Basque, ni moins chaleureux que le Provençal, malgré les clichés, le Breton sait cependant être tout à la fois grave et rigolard: le courage au travail, la bonne bouffe et la fête ne sont pas des denrées rares chez nous.

Je remercie donc Ronan LE FLÉCHER et Didier LE GORREC de s’attaquer dans ce livre aux standards et aux clichés, pour livrer au lecteur la réalité de la vie des Bretons en Bretagne et dans le reste du monde. Comme ce livre est comme « un super-marché qui ne craint pas les contradictions », je vous propose de l’ouvrir, non pas pour le consommer comme une vulgaire marchandise, mais pour entamer la conversation avec Ronan LE FLÉCHER et Didier LE GORREC et avec tous les Bretons. Nous sommes tous plus riches au moment de le refermer.                                                     

Kofi YAMGNANE

 

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://labretagnetoutlemondenenparle.blogs.letelegramme.com/trackback/3615

Ecrire un commentaire